Dissertation – Sujet C
Œuvre : Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non
Parcours : Théâtre et dispute
Sujet : Un critique remarque que, dans Pour un oui ou pour un non, « le dialogue est toujours, en fin de compte, un jeu dans lequel tous les coups sont permis ». Cette citation éclaire-t-elle votre lecture de la pièce ?
Introduction
Le théâtre repose traditionnellement sur le dialogue et la confrontation des points de vue. Dans Pour un oui ou pour un non (1982), Nathalie Sarraute, figure du nouveau roman et du théâtre contemporain, met en scène une dispute entre deux amis, dont le motif semble dérisoire. Pourtant, sous cette apparente banalité, se cache une tension verbale et affective profonde. Un critique affirme que « le dialogue est toujours, en fin de compte, un jeu dans lequel tous les coups sont permis ». Cette citation invite à considérer le dialogue comme un jeu de pouvoir, où la parole devient une arme redoutable.
Nous nous demanderons donc si le dialogue dans la pièce de Sarraute est véritablement un jeu sans règle, où tout est permis.
Dans un premier temps, nous verrons que le dialogue se présente comme un affrontement subtil entre deux personnages. Puis, nous analyserons comment cette parole ordinaire devient un jeu dangereux. Enfin, nous verrons que cette pièce propose une critique plus large de l’impossibilité de communiquer sincèrement.
I. Une dispute verbale née d’un détail, mais révélatrice d’un conflit latent
1. Un prétexte dérisoire pour un conflit profond
La pièce s’ouvre sur une querelle liée à une formule anodine : « C’est bien, ça ».
Ce déclencheur insignifiant devient l’objet d’un débat presque absurde.
Le spectateur assiste à un malentendu : un mot banal déclenche une blessure ancienne.
2. Un langage quotidien au service de la tension dramatique
Sarraute cherche à montrer l’invisible, ce qu’elle appelle les « sous-conversations ».
Les mots sont décortiqués, soupçonnés de porter un jugement ou un mépris déguisé.
Le conflit est plus sensible que rationnel : ce n’est pas ce qui est dit, mais comment c’est dit.
3. Une pièce fondée sur l’implicite et le non-dit
Les personnages n’expriment jamais directement leurs émotions.
Tout est dans le ton, l’intonation, les sous-entendus.
Cela rejoint l’idée que le dialogue est un terrain de combat invisible.
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II. Le dialogue comme un jeu cruel où la parole est une arme
1. Un rapport de force entre les personnages
La parole sert à dominer, à blesser, à intimider.
Chacun tente d’avoir le dernier mot, de gagner l’argumentation.
Les échanges sont violents, même s’ils restent polis en apparence.
2. Une montée en tension maîtrisée par l’auteur
Sarraute construit un véritable duel verbal, comparable à une partie d’échecs.
Les silences, les hésitations, les répétitions contribuent à cette tension.
Le langage devient un espace de manipulation : les personnages se piègent.
3. Un jeu sans règle morale : tous les coups sont permis
Aucun respect du passé commun : l’amitié est détruite.
L’un des personnages accuse l’autre de condescendance, l’autre nie avec mépris.
Ce jeu cruel mène à une rupture définitive, sans réconciliation.
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III. Une critique du langage et de l’incommunicabilité moderne
1. Sarraute et la méfiance envers le langage
Comme dans d’autres pièces contemporaines (Beckett, Ionesco), le langage est montré comme inefficace, trompeur.
Sarraute dénonce le caractère conventionnel de la parole, qui dissimule plutôt qu’elle ne révèle.
2. Le dialogue comme leurre de communication
Les deux personnages parlent, mais ne se comprennent jamais.
Le théâtre devient un lieu de solitude et de communication ratée.
3. Une modernité radicale du théâtre de Sarraute
Refus du spectaculaire, du décor, de l’intrigue classique.
La dispute remplace l’action : c’est la langue elle-même qui devient scène de combat.
Le spectateur est invité à réfléchir sur le pouvoir destructeur de la parole.
Conclusion
Ouverture
Dans Pour un oui ou pour un non, le dialogue est loin d’être un simple échange. Derrière une discussion apparemment anodine, Nathalie Sarraute met en scène un jeu cruel et sans limite, où les mots deviennent des armes et où le langage révèle les blessures intimes. La citation du critique prend alors tout son sens : dans cette pièce, tous les coups sont permis car le théâtre devient un lieu d’exploration des tensions invisibles, des malaises enfouis, et du caractère profondément conflictuel de la parole humaine.
On peut rapprocher cette œuvre de La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, où la parole est également vidée de son sens. Dans les deux cas, le théâtre devient un lieu de critique du langage et de la communication moderne, où les dialogues cachent davantage qu’ils ne dévoilent.
