Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny – Bac français 2026.

Contexte et singularité de l’œuvre

Lettres d’une Péruvienne paraît au cœur du XVIIIᵉ siècle, en pleine effervescence des Lumières. Graffigny, issue de la noblesse lorraine, fut l’une des premières femmes à s’imposer dans un univers littéraire majoritairement masculin. Son roman s’inspire des modèles épistolaires à la mode (Montesquieu, Richardson), mais s’en distingue par l’originalité d’une voix féminine et étrangère, qui renouvelle le genre en y introduisant une dimension psychologique, féministe et politique novatrice.

Ce roman épistolaire relève à la fois de la littérature d’apprentissage et du récit de dépaysement. Par la voix d’une étrangère naïve mais lucide, l’autrice interroge les codes de la société française tout en invitant le lecteur à réfléchir à la question du regard extérieur, thème central du parcours bac « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux »

Un contexte historique et littéraire révélateur

Dans ce roman du XVIIIᵉ siècle, le recours au genre épistolaire n’est pas anodin.

Graffigny s’inscrit dans la tradition inaugurée par Montesquieu (Lettres persanes), tout en lui donnant une dimension féminine et originale. Zilia, par ses lettres, livre sans détour son expérience et ses sentiments : l’exil, l’acculturation, l’isolement, mais aussi la curiosité et l’émancipation.

Le choc des civilisations

Ce qui frappe d’abord, c’est la distance critique que permet le regard de Zilia sur la société française : les habitudes, les inégalités et les injustices qu’elle décrit, et qui paraissent si naturelles aux Européens, sont ici rendues étranges et discutables.

La société française, vue à travers des yeux étonnés, révèle ses travers : hiérarchies rigides, superficialité, et condition injuste faite aux femmes.

Zilia note aussi l’absurdité du luxe, de l’étiquette, et la pauvreté du peuple, autant d’éléments qui permettent à l’élève de s’interroger sur la portée philosophique du texte.

La question féminine : éducation et émancipation

Un autre enjeu majeur du roman est la réflexion sur la liberté et la place des femmes.

Au fil de son séjour en France, Zilia apprend à lire et à écrire : ce développement reflète symboliquement son accession à l’autonomie intellectuelle. Mais elle se heurte aux résistances d’une société qui valorise la soumission féminine et réserve aux hommes l’essentiel du pouvoir. Graffigny utilise ainsi l’expérience de son héroïne pour dénoncer le statut de la femme à son époque, invitant à une réflexion qui demeure actuelle pour l’épreuve du bac.

L’art de la forme épistolaire

Le choix de la lettre permet une immersion dans l’intimité de l’héroïne, offrant à la fois subjectivité et authenticité. Ce dispositif place le lecteur dans la position du confident et donne au récit un rythme vivant, fait de découvertes et de remises en question progressives.

L’évolution de l’écriture de Zilia, qui passe d’une transcription de quipus à la maîtrise du français écrit, matérialise sa transformation et son parcours.

Un roman d’apprentissage et d’émancipation

Au fil de ses lettres, Zilia construit peu à peu une pensée personnelle : elle analyse, juge et finit par s’affranchir des attentes qui pèsent sur elle. Le roman devient alors une réflexion sur le refus de la soumission, sur la nécessité du libre-arbitre et sur l’apprentissage de l’indépendance, en particulier pour une femme dans une société d’hommes.

Conclusion

Pour finir, Lettres d’une Péruvienne offre, par le voyage de Zilia, une formidable leçon de relativisme, de tolérance et d’ouverture à l’altérité .

Graffigny propose, à travers ce parcours initiatique, un plaidoyer discret pour la liberté individuelle et le progrès social, tout en posant la question de l’identité et du regard sur l’autre. C’est cette actualité de la réflexion qui fait du roman un texte central pour le bac, doublé d’un support idéal pour comprendre les rapports entre société, littérature et émancipation au siècle des Lumières.

Publié par serenee41a946e68

professeur, élargir la connaissance

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