Bac 2026 Nathalie Sarraute <Pour un oui, pour un non>

​I. Présentation de l’œuvre et du parcours

​A. L’œuvre : une micro-tragédie moderne

Pour un oui ou pour un non est une pièce de théâtre en un acte, publiée en 1982. Elle met en scène deux amis de longue date, H1 et H2, dont la relation se déchire à cause d’un mot mal interprété : H1 aurait dit à H2 que ce qu’il disait était « tellement intéressant que ça en devenait décevant ». L’œuvre est une exploration subtile des sous-conversations, ces mouvements psychologiques et ces intentions cachées qui se cachent derrière les mots prononcés. Sarraute s’intéresse moins à l’intrigue qu’à la violence verbale et aux tropismes, ces réactions psychiques infimes et indéfinissables qui conditionnent les rapports humains.

​B. Le parcours : La parole en spectacle

​Cette œuvre est pertinente pour le parcours « théâtre et disputes » car elle fait de la parole le sujet et l’enjeu central de la pièce. La parole n’est pas un simple outil de communication, mais une arme, un terrain de jeu et un champ de bataille. La pièce montre comment les mots, même les plus anodins, peuvent être manipulés, déformés et utilisés pour attaquer ou se défendre. Le spectacle se joue dans la mise en abyme de la parole elle-même, à travers les tentatives des personnages de décortiquer le sens et l’impact d’une phrase.

II. Thèmes principaux

  • La violence de la parole : Sarraute dépeint une violence non physique, mais psychologique, où la parole devient un instrument de destruction. Un simple mot peut anéantir une relation, blesser profondément et révéler des rancœurs inavouées.
  • Les non-dits et les sous-conversations : Sous le dialogue apparent se cachent des pulsions, des jalousies, des désirs de domination. L’œuvre invite à écouter ce qui n’est pas dit, ce qui est suggéré par les silences, les intonations et les hésitations.
  • La solitude et l’incommunicabilité : Malgré leurs efforts pour « communiquer », les personnages sont prisonniers de leurs propres perceptions et de leurs sous-conversations. Ils ne parviennent jamais à se comprendre véritablement, ce qui souligne la solitude radicale de l’être humain.
  • Le pouvoir et la domination : L’enjeu de la querelle n’est pas la phrase en elle-même, mais la position de pouvoir qu’elle confère. Chacun des personnages cherche à imposer sa vérité, à dominer l’autre en le discréditant.

III. Figures de style et procédés d’écriture

  • ​Sarraute ne s’appuie pas sur des figures de style traditionnelles, mais sur des procédés d’écriture qui visent à reproduire le mouvement des tropismes.
  • Les tropismes : Concept central de l’œuvre de Sarraute, ce sont des mouvements intérieurs imperceptibles qui se produisent à chaque contact entre les êtres. Sarraute tente de les rendre visibles et de les mettre en scène.
  • Le fragmentaire : La phrase des personnages est souvent incomplète, hésitante, ponctuée de points de suspension. Cela reproduit le flux de la pensée et la difficulté à formuler précisément ce que l’on ressent.
  • L’abstraction : Sarraute n’utilise pas de noms de personnages, mais des initiales (H1, H2), ce qui généralise la situation. L’œuvre n’est pas l’histoire de deux individus, mais une observation de l’humanité en général.

​IV. Attentes pour l’oral et l’écrit

​A. Pour l’oral : l’entretien et la lecture linéaire

  • L’entretien : Préparez-vous à contextualiser l’œuvre dans le parcours « théâtre et dispute. Vous devez être capable de montrer en quoi Sarraute renouvelle la représentation de la parole au théâtre. Pensez à des questions comme : « En quoi le silence est-il aussi éloquent que la parole dans la pièce ? » ou « Comment la pièce met-elle en évidence l’ambiguïté du langage ? ».
  • La lecture linéaire : Pour la lecture, choisissez un passage où la tension monte, où la parole est une arme. Un bon choix serait le moment où la querelle éclate ou le dénouement où les personnages sont figés dans leur incompréhension. Votre analyse devra porter sur :
  • La mise en scène de la violence verbale.
  • L’emploi des didascalies (parfois très précises sur les gestes et les intonations).
  • ​Le rythme du dialogue (haché, saccadé, parfois très lent).

​B. Pour l’écrit : le commentaire et la dissertation

Le commentaire :

  • Pour le commentaire, vous pourriez avoir un extrait qui illustre la violence souterraine des échanges. Votre plan pourrait s’articuler autour de :
  • La déconstruction de l’amitié par le langage.
  • L’omniprésence des tropismes et des non-dits.
  • Une écriture théâtrale qui fait de la parole un personnage à part entière.

La dissertation

Vous pourriez avoir un sujet en lien avec le parcours, par exemple :

  • « Dans quelle mesure la pièce Pour un oui ou pour un non est-elle un ‘spectacle de la parole’ ? »
  • « Le théâtre de Sarraute est-il le lieu d’une communication impossible ?

Exemple

« Dans quelle mesure la pièce Pour un oui ou pour un non est-elle un ‘spectacle de la parole‘ ? »

  • I. La parole comme sujet de l’œuvre (la pièce parle du sens d’un mot).
  • II. La parole comme spectacle (elle est mise en scène dans ses effets, ses ruptures, ses silences).
  • III. La parole comme arme (elle devient un outil de combat et de domination).

​En somme, Pour un oui ou pour un non est une œuvre qui déconstruit nos certitudes sur la communication. Elle nous enseigne que les mots ne sont que la partie visible d’un iceberg de ressentis, de pulsions et de non-dits, et que la véritable bataille se joue souvent sous la surface du langage.

Publié par serenee41a946e68

professeur, élargir la connaissance

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