fonctions, procédés et portée dramaturgique
Le burlesque occupe une place essentielle dans la construction dramatique et stylistique de « On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset, où il sert à la fois de ressort comique et de contraste avec la dimension tragique de la pièce.
Ce document propose une analyse complète du burlesque à travers ses fonctions, ses procédés et ses personnages, selon les attentes du programme du bac.
1. Définition et enjeux du burlesque
dans la pièce
Le burlesque, dans le théâtre romantique, désigne l’emploi du comique pour traiter un sujet noble ou tragique, contribuant à l’éclatement des genres : le sublime côtoie le grotesque pour mieux exprimer la complexité humaine.
Chez Musset, cette opposition permet d’intensifier la gravité des situations en soulignant leurs absurdités.
2. Les personnages burlesques : grotesques et fantoches
Musset mêle personnages stylisés « fantoches », inspirés des grotesques shakespeariens, à des figures romantiques plus fouillées. Blazius, Bridaine, dame Pluche et le baron incarnent ces « grotesques » : leur physique outré, leurs préoccupations triviales et leurs interventions décalées offrent au spectateur un contrepoint au drame sentimental entre Camille, Perdican et Rosette.
Par exemple, Bridaine se lamente sur la perte de sa place à table, révélant la vanité et la vacuité d’une partie de la société.
3. Procédés comiques et burlesques
Musset expérimente diverses formes du comique :
Le comique de caractère : travers humains, obsessions matérielles et vanités sociales (Bridaine, Blazius).
Le comique de gestes : scènes de bagarre ridicules, gestes outrés (la fameuse bataille pour la lettre entre dame Pluche et Blazius : « Donnez-la moi, ou vous êtes morte »
Le comique de situation : alternance entre scènes profondes et moments burlesques pour créer un rythme et un suspense dramaturgique.
Le comique de langage : jeux de mots, répliques absurdes, parodie du discours noble et détournement des codes du théâtre classique
Fonctions du burlesque dans la pièce
Le burlesque sert à :
■ Désamorcer la tension tragique en introduisant détente et légèreté.
■ Faire avancer l’intrigue par les interventions inattendues des personnages secondaires : les grotesques sont souvent témoins ou complices des manipulations amoureuses.
■ Critiquer la société : la vacuité des notables (baron), des éducateurs ratés (Blazius, Bridaine, dame Pluche) souligne l’inefficacité et le ridicule des anciens ordres sociaux, opposés à la quête d’idéal des héros.
■ Mettre en scène le théâtre dans le théâtre : l’alternance des tons, le jeu sur les rôles et les mensonges, la mise en abîme des manipulations amoureuses relèvent d’une forme de comique satirique, qui aboutit à une critique des apparences et des faux-semblants.
4. Le contraste tragique
L’utilisation du burlesque prend une dimension dramatique particulière dans la dernière partie, où les conséquences des jeux amoureux mènent à la mort de Rosette. Le basculement du badinage vers le drame montre, par contraste, que l’amour et la vie ne sont pas des jeux.
Conclusion
Ainsi, la pièce passe progressivement du plaisant et du burlesque au tragique, illustrant la tension fondatrice du drame romantique.ConclusionDans « On ne badine pas avec l’amour », le burlesque est un levier essentiel de la dramaturgie : il met à nu les travers humains, questionne les conventions et prépare la tragédie finale. Musset associe la comédie des gestes et des mots au pathétique et au tragique pour illustrer que « l’on ne badine pas avec l’amour » : jouer avec les sentiments conduit inévitablement à la souffrance et parfois à la mort.